À l’approche des élections, certains voyants et voyantes autoproclamés multiplient les annonces sur les réseaux sociaux. Sous couvert de tarot,, ils présentent leurs propres souhaits politiques comme des prédictions électorales. Ce qui nous frappe, c’est la place que prend leur propre personnage. La caméra tourne, les cartes sont disposées, le ton se fait grave : un candidat va gagner, un autre va tomber, une crise se prépare. Le public est invité à croire que le résultat se trouve déjà sur la table. Or, bien souvent, ces annonces ressemblent aux scénarios qui circulent dans les médias. Les sondages deviennent la boussole des voyants autoproclamés. Les commentaires politiques alimentent leurs discours, puis le tarot vient donner à l’ensemble une apparence de révélation. Une prédiction qui rejoint un sondage n’est pas, à elle seule, la preuve d’une supercherie. Mais lorsque le discours évolue avec les enquêtes d’opinion, la question est légitime : qu’apporte réellement le tirage ? On retrouve aussi des annonces si proches les unes des autres qu’elles donnent une impression de copier-coller. Mêmes perspectives, mêmes retournements annoncés, mêmes précautions assez vagues pour permettre ensuite plusieurs interprétations. Chacun présente pourtant son scénario comme une découverte personnelle. Pour l’INAD, nous considérons que ces pratiques doivent pouvoir être critiquées. Elles engagent l’image d’une profession et la confiance de ceux qui la consultent.
Le tarot ne parle pas tout seul
Il faut revenir à ce que certains semblent oublier : les cartes ne parlent pas. C’est la personne qui en fait la lecture qui les fait parler. Elle choisit une interprétation et lui donne des mots. Elle en porte donc la responsabilité. Dire « les cartes annoncent » ne permet pas de s’effacer derrière elles lorsque la prédiction échoue. Dans la conception du tarot que nous défendons, la personne qui consulte mélange elle-même les cartes. Elle participe au tirage avec sa question, qu’elle concerne un problème précis, une situation donnée ou son environnement général, présent ou à venir. Selon cette tradition, elle imprègne les cartes de son propre magnétisme. Le magnétisme relève ici d’une croyance spirituelle, et non d’un phénomène scientifiquement démontré. Cela précisé, cette participation reste un principe essentiel de la pratique dont nous parlons . Affirmer que l’on peut s’en dispenser et tirer les cartes à distance comme si rien ne changeait constitue, à nos yeux, une hérésie au regard de cette tradition. Il existe une autre démarche : celle du médium qui revendique une voyance directe et utilise les cartes uniquement comme support. La distinction est importante. Encore faut-il que le mot « médium » ne serve pas de réponse commode à toutes les objections. Les médiums que nous considérons comme authentiques ne courent pas les rues. Se donner ce titre sur les réseaux sociaux ne suffit pas à établir une capacité.
Après les annonces, les comptes
Ceux qui prédisent publiquement les résultats électoraux devraient accepter une vérification publique. Qu’ils conservent leurs vidéos et leurs publications. Qu’ils annoncent précisément ce qu’ils prévoient, avec une date. Qu’ils reconnaissent leurs erreurs sans changer après coup le sens de leurs propos. Et qu’ils donnent à leurs échecs la même visibilité qu’à leurs réussites revendiquées. Le public pourra alors juger sur pièces. Il n’aura plus à se contenter d’extraits avantageux ou d’explications livrées une fois le résultat connu. Il ne s’agit pas de demander à un praticien d’être infaillible. Il s’agit de lui demander d’être honnête sur ce qu’il affirme et sur ce qui s’est effectivement produit.
Ce spectacle dessert la profession
Certains voyants autoproclamés se donnent à cœur joie devant les caméras. Leur principal mérite paraît être de savoir se mettre en scène. Mais ce spectacle ne rend service ni aux bonnes pratiques ni à la profession.
Les praticiens sérieux connaissent le poids de leurs paroles. Ils savent qu’une personne peut venir les consulter dans le doute, l’inquiétude ou la fragilité. Cette confiance oblige à la retenue. Elle ne donne pas un droit à proclamer des certitudes.
Les élections concernent des choix collectifs, des convictions et des citoyens libres de leur vote. Aucun tirage ne devrait être présenté comme un résultat acquis.
L’INAD défend une exigence de clarté : une opinion politique doit être présentée comme une opinion, une lecture de tarot comme une interprétation, et une information issue des sondages comme telle.
Avant d’annoncer qui gouvernera demain, ceux qui occupent la scène feraient bien d’expliquer ce qui fonde leurs affirmations aujourd’hui
. Car si leur véritable guide est le dernier sondage publié, le public a le droit de le savoir.
Youcef SISSAOUI
Président de l’INAD
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