Haro sur les arnaques qui font commerce du deuil
Il existe des souffrances devant lesquelles toute personne digne de ce nom devrait savoir s’arrêter. La mort d’un enfant, d’un conjoint, d’un parent, d’un frère, d’une sœur en fait partie.
Quand on vient de perdre un proche, on ne cherche pas un spectacle. On cherche un signe, une présence, une parole qui apaise, ne serait-ce qu’un instant, le vide laissé par l’absence.
Précisons-le d’emblée : un spirite n’est pas par nature un profiteur.
Un vrai spirite est un être attentif, sensible et humain, à l’écoute d’une personne en souffrance qui cherche un éclairage pour apaiser son angoisse, sa douleur, et faire enfin son deuil. Sa présence peut être précieuse, sa parole peut soulager. C’est justement parce que cette relation d’écoute et de confiance existe, et qu’elle est légitime, que ceux qui la détournent à des fins purement commerciales sont d’autant plus condamnables. Ce texte ne vise pas la sincérité de ceux qui écoutent avec humanité, mais ceux qui transforment cette confiance en fonds de commerce.
Car c’est exactement là que certains ont choisi d’installer leur commerce. Ils se disent médiums, spirites, intermédiaires avec l’au-delà. Ils prétendent parler aux morts, les appeler, recevoir leurs messages, parfois même les faire se manifester sur commande. Et cela, bien sûr, à un prix.
UN AGENDA PLEIN NE PROUVE RIEN
« Complet pour les trois prochains mois. » Ou quatre. Ou six.
Un professionnel peut avoir un agenda réellement chargé, l’INAD ne le conteste pas. Mais quand ce délai est brandi comme la preuve d’un don exceptionnel, la question se pose : depuis quand attendre plusieurs mois démontre-t-il qu’on communique avec les morts ? La rareté impressionne. Ce qui est difficile à obtenir paraît précieux, et le consultant se dit volontiers : « S’il est aussi demandé, c’est qu’il doit être fort. » Non. Un agenda rempli prouve, au mieux, qu’un agenda est rempli. Il ne prouve aucun don.
Autre piège, plus discret : ce que vous avez communiqué avant même la séance. Nom, téléphone, ville, motif de consultation, parfois le prénom du défunt. Ces quelques informations suffisent souvent à retrouver, publiquement, des pans entiers d’une vie : réseaux sociaux, avis de décès, liens familiaux, professions, photos. Ne donnez jamais à quelqu’un les moyens de vous impressionner demain avec ce que vous lui avez vous-même permis de découvrir hier.
LE PIÈGE DU « IL SAVAIT »
Le praticien lance une information vague : « Je ressens un homme… » Le consultant réagit, précise, raconte un souvenir, corrige un détail. La machine est lancée. Ces éléments, réorganisés et chargés d’émotion, reviennent quelques minutes plus tard comme une révélation.
Le consultant bouleversé ne retient qu’une chose : « Il savait. » Mais qui a réellement fourni l’information ? Une seule coïncidence frappante suffit à faire oublier dix affirmations erronées, et une personne en plein deuil n’analyse pas une séance avec le détachement d’un enquêteur.
Cette même logique peut prendre une tournure autrement plus grave lorsque des personnes se présentant comme médiums interviennent dans des affaires criminelles, prétendant savoir qui est coupable ou ce qui est arrivé à une victime. Des familles attendent une réponse depuis des années, des parents ignorent ce qui est arrivé à leur enfant. Leur douleur n’est pas une scène où venir démontrer ses pouvoirs. Quiconque détient une information sérieuse sur une affaire criminelle doit la transmettre aux autorités, pas la monnayer en spectacle.
Il y a enfin une promesse qui devrait, à elle seule, éveiller la méfiance : celle d’un rendez-vous garanti avec un défunt. Même chez ceux qui croient sincèrement au spiritisme, le contact avec l’au-delà est généralement présenté comme spontané, incertain, jamais assuré. Comment, alors, certains peuvent-ils promettre qu’à 15 heures, le mardi prévu depuis quatre mois, le défunt attendu sera au rendez-vous ? Payer une consultation ne garantit aucune manifestation. Un praticien sérieux dit : « Je ne peux rien vous promettre. »
Si vous consultez malgré tout, parlez le moins possible. Ne racontez pas votre vie avant la séance, ne donnez pas le nom du défunt, n’envoyez pas de photo si elle n’est pas indispensable. Et quand le praticien avance une information, laissez-le aller jusqu’au bout avant de répondre. C’est à lui de parler, pas à vous de construire sa révélation.
LE DEUIL N’EST PAS UN FOND DE COMMERCE
L’INAD respecte les convictions de chacun, croyant ou non à la médiumnité : cette question relève de la conscience de chacun. Mais profiter de la vulnérabilité d’une personne pour la faire payer encore et encore est moralement inacceptable. Faire naître une dépendance, faire peur, prétendre qu’un défunt réclame une nouvelle séance pour pousser un proche à revenir : ce n’est pas de la spiritualité, c’est l’exploitation de la détresse humaine.
À ceux qui font commerce du malheur des autres : vous avez devant vous des êtres humains, pas des numéros de carte bancaire, pas des clients captifs. Une personne qui pleure un être disparu peut s’accrocher à chacune de vos paroles ; une phrase dite avec légèreté peut l’accompagner pendant des années. Si votre première préoccupation est de savoir combien de séances vous pourrez encore vendre à quelqu’un qui souffre, alors ne parlez pas de spiritualité.
La souffrance d’un être humain mérite le respect. Le malheur des uns ne doit pas devenir la fortune des autres. les morts ne doivent jamais servir de prétexte pour dépouiller les vivants.
NAD - Institut National des Arts Divinatoires
SPIRITISME : VOUS PLEUREZ, ILS ENCAISSENT
La parole aux lecteurs
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