INAD Institut National des Arts Divinatoires
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Presse écrite

Les supermarchés de la peur

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Sorcellerie, désenvoûtement, chantage : la voyance version TikTok, Instagram et YouTube Magie noire, sorcellerie, soins énergétiques, passeurs d’âme, contact avec les défunts, photos intimes : bienvenue dans les arrière-boutiques de la voyance en ligne. Il fut un temps où, pour jouer les sorciers, il fallait une boule de cristal, quelques bougies et un vrai talent de comédien. Aujourd’hui, un smartphone, un pseudonyme ésotérique et trois phrases sur les « énergies » peuvent suffire. Bienvenue dans les supermarchés de la peur : magie noire sortie de nulle part, sorcellerie de théâtre, nettoyeurs karmiques, « médiums de l’âme » et, dernière trouvaille, « ostéopathes de l’âme ». Oui, vous avez bien lu. Après les vertèbres, voici donc l’âme qu’on remettrait en place. On pourrait en rire si les clients n’étaient pas souvent des personnes fragilisées par une rupture, un deuil, la solitude ou l’angoisse. C’est là qu’interviennent les marchands d’angoisse. On vous découvre un « blocage », un mauvais sort, une « attaque occulte », une « magie noire ». Puis, heureuse coïncidence, celui qui vient de déceler le mal détient justement le remède. Payant, naturellement. On fabrique la peur, puis on vend sa disparition. Et si cela ne marche pas, on recommence, et on refacture. Certains réclament l’adresse ou le téléphone de l’ex, d’un proche, parfois même d’un employeur. Les esprits en auraient besoin. L’au-delà aurait donc besoin du portable de votre ex pour retrouver son chemin. Plus grave : photographies dénudées, vidéos sous la douche, correspondances privées, confidences sexuelles ou secrets familiaux peuvent être réclamés sous prétexte de « capter une énergie » ou de renforcer un rituel. Entre les mains d’un manipulateur, cette intimité peut devenir une arme de silence.Vous réclamez votre argent ? On vous rappelle ce que vous avez confié. Vous voulez témoigner ou porter plainte ? On vous fait comprendre que certaines choses pourraient être révélées à votre famille, votre conjoint ou votre employeur.Le mécanisme, lorsqu’il existe, est glaçant : on gagne la confiance, on soutire l’intimité, puis on retourne cette intimité contre son propriétaire. Aucun ange n’a besoin d’une photo nue. Aucun archange ne réclame une vidéo sous la douche. Et lorsqu’une menace de divulgation sert à faire taire quelqu’un, nous avons quitté la voyance pour des comportements pouvant, selon les faits, relever de l’intimidation, des menaces ou du chantage. « Meilleur voyant de France » : élu par qui ?« Médium numéro 1 », « voyant officiel », « master », « grand maître »… Numéro 1 de quoi ? Officiel auprès de qui ? Grand maître nommé par quelle autorité ? Dans un métier sans championnat officiel, certains fabriquent leur propre podium et montent eux-mêmes sur la première marche. Un praticien sérieux ne s’auto-couronne pas. Il travaille avec mesure, discrétion et respect de la confidentialité. Sa réputation ne se construit ni sur une bannière publicitaire ni dans une vidéo TikTok : elle se bâtit avec le temps, par ses consultants et, parfois, par ses pairs. Le charlatanisme fait deux victimes : le consultant qu’il dépouille et le professionnel sérieux dont il salit le métier. Pendant que certains savent dire « je ne sais pas », refusent les miracles garantis et respectent la fragilité de leurs consultants, d’autres promettent retour amoureux, désenvoûtement express et pouvoirs exceptionnels. Ils crient plus fort, promettent davantage, occupent l’écran. Et le public finit par mettre tout le monde dans le même sac. Aux praticiens rigoureux, l’INAD dit : ne vous taisez plus. Défendre votre métier, c’est aussi dénoncer ceux qui le défigurent.La sincérité, elle non plus, ne suffit pas. Une personne profondément convaincue de recevoir des ordres de l’au-delà peut mettre en danger un consultant vulnérable si elle transforme ses convictions en certitudes et ses certitudes en injonctions. Une conviction n’est pas une preuve. Une intuition n’est pas un diagnostic. La voyance ne remplace ni la médecine, ni la psychologie, ni la psychiatrie. Derrière le pseudonyme, qui encaisse ? Un pseudonyme n’est pas le problème. Devenir introuvable lorsque le client réclame son argent en est un. Celui qui confie son argent, ses peurs et très souvent son intimité doit pouvoir identifier son interlocuteur. L’invisible peut relever de la croyance. L’introuvable ne doit pas devenir un modèle économique. L’INAD ne demande pas au gouvernement de réglementer les anges et les archanges. Il demande des règles pour les humains qui parlent faussement en leur nom et facturent leurs services : protection des personnes vulnérables, respect des données personnelles, identification des professionnels, lutte contre l’abus de faiblesse, les menaces et le chantage, et responsabilisation des plateformes. Chacun est libre de croire. Chacun est libre de consulter. Mais la liberté de croire n’est pas la liberté d’exploiter. Fabriquer la peur pour vendre un rituel n’est pas de la spiritualité. Réclamer une photo nue n’est pas de la médiumnité. Transformer une rupture en abonnement n’est pas de l’accompagnement . À force de laisser les marchands d’angoisse occuper toute la vitrine, il ne faudra pas s’étonner que le public finisse par prendre tout le magasin pour une arnaque. INAD

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