UBERISATION DANS LE MONDE DE LA VOYANCE : KANG EN LIGNE DE MIRE

L’ Inad a, depuis des années, œuvré afin d’organiser la profession des arts divinatoires pour permettre aux praticiens comme aux consommateurs d’entretenir des rapports professionnels satisfaisants, excluant toute escroquerie ou manipulation. Mais malgré les enjeux colossaux et les flux financiers que génère la profession, nos interventions bien qu’ayant reçu un accueil favorable des autorités publiques , sont restées vaines.

(Photo de Maître Jonathan Bellaiche) Certaines plateformes extrêmement bien structurées, érigées en véritables forteresses spécialisées dans l’exploitation de la crédulité et de la détresse humaine exploitent ce marché colossal. La peur des lendemains incertains et l’angoisse du quotidien ont conduit des centaines de pseudo voyants, sans véritable don divinatoire mais réellement illuminés, à se saisir de cette brèche pour œuvrer en toute impunité. Les charlatans notoires sont passés experts dans le mensonge structuré et organisé en vendant du vent. Les escroqueries sont légion, tout est bon pour vendre du vent. Plutôt que s’attacher à rassurer les clients, les informer, certains pseudo-professionnels dépouillent de leurs économies des clients déjà affaiblis psychologiquement. Mais que se passe t- il réellement de l’autre côté du miroir ? Comment sont traités les employés des plateformes ? De quelle manière les emploie t-on ? Le manque de légifération qui entoure la profession du fait même que la pratique ne soit pas réglementée et sanctionnée par des diplômes et formations d’État, rend flou l’environnement dans lequel les pratiques évoluent. Poser un cadre juridique, promulguer des lois et autres textes juridiques qui feraient office de règles de la profession, c’est ce à quoi l’Inad s’est attaché à mettre en place depuis de nombreuses années.

Pour la première fois, la mise en cause De Kang, plateforme d’envergure, assignée devant les conseils des Prud’hommes ne laissera personne indifférent et ce, encore moins l’ensemble des plateformes existant sur le marché national. La mise en lumière des méthodes d’engagements des voyants et autres médiums sans talent ou don, juste bons à tromper les consommateurs, sera le corollaire d’une situation troublante que vivent de nombreux professionnels. La transformation de l’économie et du monde du travail est dorénavant généralisée à tous les secteurs. L’uberisation et la numérisation favorisent cet état de fait. De la logistique, au transport, en passant par la médecine, les services, le commerce, rien n’échappe au phénomène. Aujourd’hui, on assiste à une transformation des emplois salariés et des activités indépendantes. La numérisation du monde et de la société s’est définitivement installée, transformant nos façons de travailler et d’appréhender les choses de la vie courante.

Après un examen attentif des pratiques de la voyance et de l’exploitation des clients consommateurs, un cabinet d’avocat parisien , représenté par Me Jonathan Bellaiche , s’est saisi du dossier d’un supposé collaborateur indépendant, en portant l’affaire devant les Prud’hommes. Maître BELLAICHE a fondé le cabinet GOLDWIN SOCIÉTÉ D’AVOCATS. Il s’est distingué en remportant des procès emblématiques dans le domaine digital, social mais également dans celui de l’immobilier. Il est, notamment, parmi les premiers avocats français à avoir fait engager la responsabilité tant pénale que civile de plateformes de mise en relation. Son expertise fait de lui un avocat reconnu d’autant que ses principales interventions contre une plateforme de VTC américaine, une autre française, des plateformes de meublés touristiques (Airbnb, Abritel… ) ont permis de faire émerger et de mettre en lumière des pratiques d’uberisation.

De nombreux corps de métier (intérim, hôtellerie, transport) sollicitent ses services afin d’entreprendre des actions judiciaires visant à faire respecter la réglementation en vigueur. Dans l’affaire qui nous concerne ici, Maitre Jonathan BELLAICHE s’est saisi du dossier de Monsieur Noham car il a constaté un phénomène notoire d’uberisation dans le domaine de la voyance. Le statut des employés et la qualification des plateformes de voyance posent question. Car selon Maître BELLAICHE « tout ce qui concerne les plateformes numériques touche à l’intérêt général ». Des millions, voire des milliards de personnes sont concernées et impactées. Il considère que « le monde de la voyance est assez intéressant ». Il y a fort à faire car « beaucoup de pratiques y sont dangereuses et ce, au détriment à la fois du consommateur et du travailleur ». C’ est le cas de Monsieur NOHAM, travaillant pour le compte de la société Kang. Il occupait officiellement le poste de travailleur indépendant depuis Août 2013 mais était dans les faits, traité comme un salarié, soumis à de nombreuses contraintes et sans bénéficier pour autant des avantages liés à sa position. L’avocat qui défend Monsieur Noham , souhaite que les travailleurs qui exercent sur ces plateformes puissent se manifester et mettre en évidence la grande précarité au sein de laquelle ils évoluent. « Le jeu de l’offre et de la demande va conduire des personnes en grande précarité à accepter les règles qui vont leur être imposées comme des obligations ». Cette précarité entraînera la sur-précarité de leur situation déjà dégradée. La pression quotidienne liée au rendement et notamment au nombre d’appels reçus, le temps de connexion, le classement… sont autant d’éléments qui sont sans cesse rappelés au professionnel afin qu’il produise encore et encore davantage. Depuis que la société Kang a été épinglée par l’URSSAF pour ne pas avoir réglé la TVA, l’entreprise a répercuté ce montant sur le salaire des professionnels qui passait dorénavant de 50 à seulement 33 %. Sans compter que le nombre d’appels gratuits de clients qu’ils sont tenus de prendre au quotidien est sans cesse rappelé même si leur planning est suffisamment complet. Monsieur Noham reconnaît avoir beaucoup travaillé en accompagnant ses clients par la divination tout en manifestant à leur égard une certaine humanité et bienveillance malgré la pression qu’il subissait quant au rendement. Il a fait montre d’un investissement sans faille malgré le contexte de travail délétère. » Or, Monsieur Noham n’a jamais eu le privilège de signer un quelconque contrat avec la plateforme Kang. Les responsables se sont bien gardés de tout lui signifier de façon orale. Et le motif de licenciement invoqué s’avère également fallacieux. Aujourd’hui, il réclame une requalification de son contrat en CDI.

En conclusion, lorsqu’une entreprise porte volontairement atteinte au droit en vigueur cela pose problème. Il est donc impératif pour la puissance publique , en l’occurrence le ministère de tutelle, de prendre des mesures décisives face aux plateformes de voyance qui font sciemment le choix de violer délibérément la loi et les réglementations en vigueur. Cette situation soulève de sérieuses préoccupations et met en lumière les pratiques obscures souvent dissimulées, à cause de l’absence de contrôle et de surveillance des activités de voyance et connexes, qui portent préjudice à un grand nombre de nos concitoyen. Yamina GUEHAM

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