Alicia, une ptétendue voyante au coeur d'un dossier accablant
Le commerce de la détresse
Norma*, 73 ans, a remis à l’INAD des justificatifs faisant apparaître plus de 4 800 euros de versements au profit d’« Alicia », pseudonyme d’une femme se présentant sur les réseaux sociaux comme voyante et médium. Derrière les promesses de « travaux occultes », l’INAD décrit moins un accompagnement qu’une mécanique de pression, de paiements successifs et de silence final. Il y a des mots qui servent à éclairer. Et d’autres à enfumer. Dans cette affaire, il est question de « travaux », de « blocages » à lever, d’interventions censées rétablir un équilibre perdu. Mais derrière ce vocabulaire soigneusement entretenu, le dossier dont a été saisi l’Institut national des arts divinatoires (INAD) raconte une histoire beaucoup plus nue : celle d’une femme de 73 ans, malade, fragilisée, à qui l’on a vendu l’idée qu’un salut était possible , à condition de payer.
Norma a 73 ans. Retraitée, éprouvée par des problèmes de santé et une période personnelle difficile, elle entre en contact avec une femme qui, sur les réseaux sociaux, se présente comme voyante, médium et spécialiste de prétendus « travaux occultes ». Les promesses sont celles que l’on adresse aux personnes à bout : une aide, une issue, un dénouement proche. Et, très vite, la promesse a un prix.
Le dossier transmis à l’INAD ne repose pas sur un simple récit. Norma a remis à l’INAD un témoignage détaillé, accompagné de justificatifs de paiement faisant apparaître, selon les éléments examinés, des versements pour un montant total de 4 811 euros au profit de la société Aveniroscope, Adam B au maroc et à une société (?) Nextco
Selon les éléments recueillis, cette voyante autoproclamée, très présente sur les réseaux sociaux, aurait progressivement installé une relation de confiance avec la retraitée. Pour donner du poids à son discours, elle se présentait comme capable d’agir efficacement grâce à des « travaux » particuliers. Elle aurait également mis en avant de prétendus allers-retours entre la France et le Maroc, comme si la distance, l’exotisme ou la mise en scène du déplacement pouvaient suffire à donner du crédit à ce qui relevait surtout d’un argument d’autorité.
Puis vient la mécanique. D’abord quelques paiements. Puis d’autres, plus importants. Toujours la même logique : il faudrait poursuivre, régler une nouvelle étape, lever un obstacle supplémentaire, aller jusqu’au bout du “travail”. À chaque versement, l’espoir est entretenu ; à chaque doute, une raison de payer de nouveau apparaît.
Au bout de la chaîne, pourtant, il n’y a rien. Pas de résultat. Pas d’amélioration. Pas la moindre traduction concrète des promesses avancées.
Seulement 4 811 euros envolés , les économies d’une femme âgée, mises de côté pour les dépenses de santé, les imprévus, les difficultés ordinaires d’une vie qui, à cet âge, ne laisse plus beaucoup de marge pour recommencer.
Lorsque Norma demande des explications, puis le remboursement des sommes versées, les réponses se raréfient avant de cesser. Le dialogue laisse place au silence. Un silence qui, dans ce type de dossier, en dit souvent plus long que tous les discours précédents.
Saisi de cette réclamation, l’INAD indique avoir examiné les pièces transmises, puis écrit à Alicia pour lui exposer les faits dénoncés et proposer une issue amiable : le remboursement de 3 840 euros, soit 80 % des sommes versées, afin d’éviter des démarches plus contraignantes. Aucune réponse satisfaisante n’a été apportée à ce courrier.
C’est ici que ce dossier cesse d’être un simple différend entre une cliente déçue et une praticienne contestée. Car ce qu’il donne à voir, derrière les mots de “voyance” et de “travaux”, c’est un schéma plus brutal : celui d’une confiance captée chez une personne vulnérable, d’un espoir entretenu à coups de promesses, puis d’une série de paiements présentés comme indispensables jusqu’à ce que l’argent manque ,ou que la victime comprenne.
Il faut le dire clairement : quand la détresse d’une femme âgée devient un argument de vente, quand l’angoisse sert de levier, quand le prochain virement est présenté comme la condition du soulagement promis, on n’est plus dans l’accompagnement. On n’est même plus dans l’illusion. On est dans l’exploitation méthodique d’une faiblesse.
La souffrance d’une retraitée n’est pas un marché. La maladie n’est pas un filon. La solitude n’est pas une caisse enregistreuse.
Norma a choisi de parler pour éviter que d’autres ne tombent dans le même piège. Son récit, étayé par les pièces remises à l’INAD et par une démarche amiable restée sans réponse, vaut avertissement. Il rappelle qu’à l’abri des écrans, des pseudonymes et des promesses spectaculaires, certains ont moins le goût du mystère que celui des comptes bancaires.
Norma se propose désormais de déposer plainte avec le soutien de l’INAD.
Propos recueillis par l’INAD–
- le nom a été changé