QUAND LA PEUR DEVIENT UN BUSINESS
Une main de Fatma accrochée au rétroviseur. Un œil bleu suspendu au-dessus d’un berceau. Un fil rouge noué au poignet d’un enfant.
Le mauvais œil est partout. Superstition pour les uns, réalité pour les autres, chacun y porte son propre regard. L’INAD n’a pas vocation à trancher ce débat, ni à balayer des croyances que l’humanité porte depuis des siècles. Mais il refuse de se taire face à ce qui prospère sur ce terrain : un véritable commerce de la peur.
Celui qui sait se tait
Toutes les traditions racontent la même histoire : celle d’un regard chargé d’envie, capable d’atteindre ce qui brille. Un mariage heureux, un enfant en pleine santé, une réussite soudaine.
Mais ces mêmes traditions enseignent aussi une sagesse ancienne : celui qui sait ne parle pas, celui qui peut ne s’en vante pas. Le vrai savoir a toujours été discret. Il ne se met pas en vitrine. Il ne réclame pas d’abonnés.
Or sur les réseaux sociaux, les « spécialistes » autoproclamés se multiplient. Une photo leur suffit, un prénom, cinq minutes au téléphone. Et le verdict tombe, toujours le même : vous êtes maudit.
Ceux qui crient le plus fort sont rarement ceux qui savent.
Tout commence par une période difficile. Une personne fragilisée consulte. On lui affirme qu’on lui a jeté le mauvais œil. Puis le ton se durcit.
« C’est quelqu’un de proche. »
« Vos enfants pourraient être touchés. »
« Si vous n’agissez pas maintenant, ce sera pire. »
Vient alors la solution. Elle a un prix. Puis un deuxième. Puis un troisième. À chaque rituel, une nouvelle complication. À chaque complication, un nouveau paiement.
La peur devient un outil. La détresse, une source de revenus.
L’INAD le rappelle avec force : aucun praticien digne de ce nom n’effraie, n’annonce de catastrophes, ni n’entretient l’angoisse pour rendre dépendant. Celui qui le fait ne vous aide pas. Il vous exploite.
La peur, elle, est bien réelle
Quand on se croit visé, plus rien n’est anodin. Une grippe devient un signe, une panne une confirmation. Plus on a peur, plus on cherche des signes. Plus on en cherche, plus on en trouve.
Aucune croyance ne devrait jamais vous conduire à abandonner un traitement, à renoncer à voir un médecin, à vous ruiner auprès d’un prétendu désenvoûteur, ni à accuser un proche sans preuve..
Entre le savoir qui se tait et la prétention qui s’affiche.
Le jour où quelqu’un prétend connaître la source de tous vos malheurs, vous désigne des ennemis invisibles et vous tend la main pour être payé, la question n’est plus de savoir si vous y croyez.
La question est de savoir qui profite de votre peur.
Note de la rédaction : la photo d’illustration est une création IA
LE MAUVAIS OEIL
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